Un mois après la signature contestée de l’accord commercial entre les Etats-Unis et l’Union européenne,150 dirigeants d’entreprises réunis par le Mouvement Impact France, appellent dans une tribune publiée le 29 août dans Les Echos, à repartir à l’offensive pour reconstruire les conditions de notre souveraineté en soutenant l’excellence de nos entreprises et de notre modèle européen.
Vivons-nous un moment de tétanie européenne ? Oui, l’étau se resserre, nous obligeant à nous adapter. Mais pour prospérer, nous ne pouvons nous contenter de survivre. Nous devons tracer notre propre voie. Les cartes sont largement rebattues et le signal est clair : il est urgent de reconquérir une part d’autonomie et de puissance, une véritable souveraineté européenne.
Ne nous laissons pas enfermer dans les débats d'hier ou repartir dans des guerres commerciales délétères. Nous avons tous les atouts pour construire notre propre futur en nous appuyant sur l'excellence de nos savoir-faire : des produits et services à la valeur écologique, sociale et sanitaire inégalée, des innovations qui relèvent les défis de notre époque, une énergie décarbonée et accessible, et un droit juste qui refuse la loi du plus fort. En renforçant ces fondations que le monde nous envie, nous pouvons affirmer pleinement notre puissance et notre souveraineté.
Mais, si cette vision est celle d’une majorité de nos entreprises, elle peine à se traduire en actes. Nous assistons au contraire à une incertitude chronique et à un affaiblissement de nos politiques publiques les plus structurantes. Pacte vert européen, budget, mix énergétique : les hésitations et les reculs qui caractérisent les 6 derniers mois sont lourdement préjudiciables à notre économie.
La possible remise en question de l'objectif européen de réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2040 en est un nouvel exemple, alors que la sortie des énergies fossiles est, au-delà d’un impératif écologique, un impératif économique et la condition de notre indépendance.
Pourtant, il ne s’agit en rien d’un chiffre abstrait et déconnecté de la réalité, mais d’affirmer un objectif clair et partagé sans lesquels nous ne pouvons bâtir de stratégie industrielle, accompagner nos PME ou soutenir l'investissement à long terme.
À court terme, ces louvoiements ralentissent nos investissements et nos recrutements. À moyen terme, ils menacent notre capacité à rester une puissance économique majeure, entretiennent nos dépendances technologiques et énergétiques et affaiblissent nos positions sur les marchés d’avenir.
Au nom de la compétitivité et de la souveraineté européenne, nous appelons donc les dirigeants européens à maintenir le cap et à confirmer cet engagement historique. Car nous avons besoin d’un cadre européen stable pour investir, innover, transformer.
Si nous attendons les dirigeants européens sur des décisions structurantes, ce n’est pas sur des renoncements mais sur les avancées concrètes qui sont autant de conditions de succès pour réussir : mobiliser l’épargne massive des européens pour investir dans nos entreprises, leurs innovations et leur transformation ; orienter les 500 millions de consommateurs vers des produits et services à forte qualité écologique, sanitaire et sociale ; libérer l’investissement dans les infrastructures d’intérêt général ; soutenir massivement la décarbonation des usages pour assurer notre souveraineté durablement.
N’ayons pas peur, ni du changement, ni de l’ambition. La révolution que nous vivons est profonde et les recettes du passé ne sont plus valables. Le temps est venu d’inventer une nouvelle manière de projeter notre économie dans le futur. Nous le pouvons, et nous le devons aux nouvelles générations.